
Capteur dégradé au bout de 80 jours
Comment mesurer simplement l’activité biologique d’un sol ? C’est la question qui a conduit notre association à tester le dispositif CAPBIOSOL, un capteur original constitué d’un simple tissu de coton enfoui dans le sol.
L’idée est simple : plus les organismes du sol (bactéries, champignons, microfaune) sont actifs, plus ils dégradent rapidement les fibres de coton. En observant la vitesse de dégradation du tissu, il devient alors possible d’obtenir une indication de l’activité biologique du sol.
Après plusieurs mois d’expérimentation sur différents sites et différents types de sols, les premiers résultats sont particulièrement instructifs. Cette étude a été financée par la Région Nouvelle Aquitaine via l’association Cap Sciences.
Capbiosol, un protocole simple mais révélateur

Image traitée numériquement avec ImageJ
Chaque capteur est constitué d’un tissu de coton placé dans une grille puis enfoui à environ 10 cm de profondeur.
À intervalles réguliers, les capteurs sont récupérés, photographiés puis analysés numériquement afin de déterminer le pourcentage de tissu dégradé.
L’expérimentation a été menée sur plusieurs sites présentant des caractéristiques très différentes : sols limoneux, argileux ou sableux, potagers cultivés ou espaces enherbés.
Une influence majeure du type de sol

Dynamique de dégradation en sol limoneux (bleu), argileux (orange) et sableux (vert)
Le premier enseignement est sans appel : tous les sols ne présentent pas la même activité biologique.
Les sols limoneux se distinguent nettement par une dégradation très rapide des capteurs. Sur plusieurs sites, les tissus ont été entièrement consommés en seulement six à huit semaines.
À l’inverse, les sols argileux ont montré une activité beaucoup plus lente. Sur certains sites, les capteurs ne présentaient que quelques pourcents de dégradation après près de deux mois d’enfouissement.
Enfin, le seul site sableux de l’étude a montré une activité extrêmement faible, avec pratiquement aucune dégradation observée pendant toute la durée du suivi.
Ces résultats confirment l’importance de la texture du sol dans le fonctionnement de la vie souterraine. Les limons offrent généralement de meilleures conditions d’aération, d’humidité et de circulation des nutriments que les sols très argileux ou très sableux, notamment au printemps.
Des différences importantes entre sites argileux
Parmi les sols argileux étudiés, plusieurs comportements distincts sont apparus.
- Site 1 a montré une progression lente mais régulière de la dégradation, passant d’environ 2 % à près de 30 % après 70 jours.
- Site 2 est resté peu actif tout au long de l’expérience, avec moins de 10 % de dégradation après 70 jours.
- Site 3 a présenté une activité intermédiaire, supérieure à celle du Site 2 mais inférieure aux meilleurs résultats observés.
- Site 4 a montré une activité particulièrement faible lors des premiers relevés.
Ces écarts suggèrent que la texture du sol n’est pas le seul facteur explicatif. Les pratiques culturales, la teneur en matière organique, le tassement, l’humidité ou encore la biodiversité microbienne jouent probablement un rôle important.
L’effet des pratiques de jardinage

effet de la conduite du sol entre deux parcelles du même site
L’expérimentation a également permis de comparer des parcelles situées sur un même terrain mais conduites différemment.
Les résultats suggèrent qu’une gestion douce du sol, utilisant notamment la grelinette et limitant le travail mécanique intensif, favorise davantage l’activité biologique qu’un travail régulier au motoculteur (image ci-contre).
Cette observation rejoint de nombreuses études scientifiques montrant que les perturbations mécaniques répétées peuvent dégrader les réseaux de champignons du sol et perturber certains organismes indispensables à son bon fonctionnement.
Les analyses microbiologiques confirment les observations des capbiosol

Exemple d’analyse de sol
Plusieurs échantillons de sols ont également fait l’objet d’analyses microbiologiques, réalisées par l’association «Les Compagnons du sol».
Les sols les plus actifs présentaient généralement :
- une biomasse bactérienne importante ;
- la présence d’hyphes fongiques ;
- des amibes ;
- des nématodes bactériophages ;
- parfois des tardigrades.
Les analyses suggèrent également que les parcelles gérées avec un travail du sol réduit hébergent davantage de champignons, un élément particulièrement intéressant car ces organismes jouent un rôle majeur dans la structuration des sols et le stockage du carbone.
Un outil prometteur pour les jardiniers
Au-delà des résultats scientifiques, l’expérimentation montre qu’il est possible de mettre en évidence des différences importantes entre sols à l’aide d’un dispositif extrêmement simple et peu coûteux.
Le capteur CAPBIOSOL ne remplace évidemment pas une analyse de laboratoire, mais il constitue un excellent indicateur de terrain permettant de comparer des pratiques de jardinage ou de suivre l’évolution de la qualité biologique d’un sol au fil des années.
Ce qu’il faut retenir
Les premiers résultats de l’expérimentation montrent que :
- les sols limoneux présentent généralement l’activité biologique la plus élevée ;
- les sols argileux montrent des niveaux d’activité très variables selon les sites ;
- les sols sableux apparaissent beaucoup moins actifs ;
- les pratiques de travail du sol influencent fortement l’activité biologique ;
- les analyses microbiologiques confirment le lien entre biodiversité du sol et vitesse de dégradation des capteurs.
Cette expérimentation constitue une première étape. Les prochains travaux permettront d’affiner les mesures, de mieux comprendre les facteurs qui contrôlent l’activité biologique des sols et de proposer aux jardiniers des repères pratiques pour évaluer la santé de leur propre sol.
Car au final, un sol vivant ne se juge pas seulement à ce que l’on voit en surface : c’est toute une activité invisible qui travaille chaque jour au service des plantes.
Merci de nous avoir permis de participer à cette expérimentation très intéressante.