Encore peu connue dans les potagers français, la corète potagère est pourtant cultivée et consommée depuis des siècles dans de nombreuses régions d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. Cette plante généreuse, appréciée pour ses feuilles tendres et légèrement mucilagineuses, mérite une place parmi les légumes originaux à découvrir. Elle a été cultivé cette saison au Potager du Curieux d’Héliantis humains avec l’excellent résultats; notamment une forte production de feuilles en excellent état.
La corsète potagère, une plante aux multiples noms

Corète potagère au potager du curieux
La corète potagère, Corchorus olitorius, appartient à la famille des Malvacées, comme la mauve, l’hibiscus et le gombo. C’est une plante annuelle des régions tropicales et subtropicales de l’Ancien Monde. Son origine exacte n’est pas précisément connue, car elle est cultivée depuis très longtemps sur un vaste territoire allant de l’Afrique à l’Asie. Les données botaniques actuelles la considèrent comme originaire des zones tropicales et subtropicales de l’Ancien Monde.
Selon les pays, elle porte de nombreux noms : molokhia ou mloukhia dans le monde arabe, ewedu au Nigeria, saluyot aux Philippines, rau đay au Vietnam ou encore jute mallow dans les pays anglophones.
La corète possède une double vocation. Ses tiges fournissent une fibre textile appelée jute, tandis que ses feuilles et ses jeunes pousses sont consommées comme légume. Les variétés cultivées pour leurs feuilles sont généralement plus ramifiées et plus tendres que celles destinées à la production de fibres.
En Égypte et au Moyen-Orient, la molokhia occupe une place importante dans la cuisine traditionnelle. En Afrique de l’Ouest, elle entre dans la préparation de sauces épaisses servies avec des céréales, du manioc ou de l’igname. En Asie, les feuilles sont ajoutées à des soupes, des bouillons et des plats de légumes.
Une plante qui aime la chaleur
La corète potagère apprécie la chaleur et le soleil. Dans le Sud-Ouest de la France, elle peut être cultivée comme un légume annuel, à condition d’attendre que le sol soit suffisamment réchauffé.
Héliantis a commencé les semis en avril dans sa serre bioclimatique, dans des godets placés au chaud. Le semis direct au potager est possible à partir de l ami-mai, lorsque les risques de gel sont écartés et que les températures nocturnes deviennent plus douces.
Les graines sont petites et possèdent une enveloppe relativement dure. Un trempage de plusieurs heures dans de l’eau tiède peut faciliter la germination, mais ce n’est pas indispensable d’après notre expérience. On peut également les mélanger à un peu de sable sec ou de terreau afin de répartir plus régulièrement les semences au moment du semis en pleine terre.
Les jeunes plants élevés sous abri sont progressivement acclimatés aux conditions extérieures avant leur plantation définitive.
Les principaux besoins culturaux de la corsète potagère
La corète demande avant tout :
- une exposition chaude et bien ensoleillée ;
- un sol meuble, fertile et riche en matière organique ;
- une humidité assez régulière , mais sans excès, pendant la croissance ;
- un terrain drainant, car l’eau stagnante peut fragiliser les jeunes plants.
Avant la plantation, un apport de compost mûr favorise le développement du feuillage. Les plants peuvent être espacés de 30 à 40 centimètres, avec environ 50 centimètres entre les rangs. En bonnes conditions, la corète dépasse facilement un mètre de hauteur et peut parfois approcher deux mètres, comme cela a été le cas danse Potager du Curieux.
Un paillage limite l’évaporation, maintient une certaine fraîcheur autour des racines et réduit la concurrence des plantes indésirables. L’arrosage doit rester régulier, surtout pendant les périodes chaudes, sans détremper le sol.
La croissance démarre parfois lentement lorsque les températures sont encore fraîches. Elle s’accélère nettement en été. Les limaces et les escargots peuvent s’attaquer aux jeunes plants, qui demandent donc une surveillance particulière après la plantation.
Récolter régulièrement les jeunes pousses
La première récolte intervient généralement six à huit semaines après le semis, selon la température et les conditions de culture.
On prélève les feuilles les plus tendres ainsi que l’extrémité des jeunes tiges. Une coupe régulière stimule la ramification et retarde la floraison. Il est préférable de récolter peu mais souvent afin de conserver un feuillage tendre.
Lorsque la plante vieillit, ses tiges deviennent plus fibreuses et ses feuilles plus coriaces. Quelques pieds peuvent cependant être laissés jusqu’à la formation des longues capsules contenant les graines destinées aux semis de l’année suivante.
La corète étant sensible au froid, sa croissance ralentit dès la fin de l’été et s’arrête avec les premières gelées.
Un légume-feuille intéressant sur le plan nutritionnel

Corète potagère sèche en poudre
Les feuilles de corète sont peu caloriques et contiennent de l’eau, des fibres et une petite quantité de protéines végétales. Elles apportent également différents minéraux, notamment du calcium, du potassium, du magnésium et du fer.
Elles renferment du bêta-carotène, précurseur de la vitamine A, ainsi que des vitamines du groupe B et de la vitamine C. Leur composition varie toutefois selon la variété, le sol, le climat, le stade de récolte et le mode de préparation.
Les feuilles contiennent aussi différents composés phénoliques étudiés pour leurs propriétés antioxydantes. Sans pour autant en faire une plante médicinale la corète est un légume-feuille intéressant dans le cadre d’une alimentation diversifiée. Des travaux scientifiques ont notamment mis en évidence la présence de fibres, de minéraux, de vitamines et de composés antioxydants dans ses feuilles.
Une texture particulière en cuisine
La principale originalité de la corète réside dans son mucilage. Au contact de l’eau et sous l’effet de la cuisson, les feuilles libèrent une substance qui épaissit naturellement les préparations. Cette texture rappelle celle du gombo.
Elle peut surprendre lors de la première dégustation, mais elle constitue précisément l’intérêt culinaire de la plante. Plus les feuilles sont hachées finement et cuites longtemps, plus leur pouvoir épaississant se manifeste.
Les jeunes feuilles peuvent être utilisées :
- dans une soupe ou un bouillon ;
- dans une sauce accompagnant du riz, de la semoule ou du manioc ;
- avec des tomates, des oignons et des épices ;
- dans un ragoût de légumes, de viande ou de poisson ;
- mélangées à d’autres légumes-feuilles ;
- séchées puis réduites en poudre, ce qui est d’ailleurs l’usage le plus fréquent pour épaissir les plats.
Dans plusieurs cuisines du Moyen-Orient, les feuilles fraîches ou séchées sont longuement mijotées avec de l’ail, de la coriandre et un bouillon. En Tunisie, la mloukhia (image ci-contre) désigne souvent une préparation sombre et longuement cuite à partir de feuilles séchées et réduites en poudre. En Égypte, elle prend généralement la forme d’une soupe verte parfumée. Aux Philippines et au Vietnam, les jeunes feuilles rejoignent des soupes de légumes, parfois accompagnées de crevettes ou de poisson.
Une préparation simple pour la découvrir
Pour une première dégustation, on peut préparer une soupe légère de corète.
Faire revenir doucement un oignon et une gousse d’ail dans un peu d’huile. Ajouter une tomate coupée en morceaux, puis les feuilles de corète lavées et finement hachées. Verser un bouillon de légumes et laisser cuire une quinzaine de minutes.
La soupe s’épaissit progressivement. On peut l’assaisonner avec de la coriandre, du cumin, du gingembre, du piment doux ou quelques gouttes de jus de citron. Servie avec du riz ou une céréale, elle constitue une bonne introduction à la saveur végétale et à la texture particulière de ce légume.
Une curiosité à accueillir au potager
Par sa croissance rapide, sa hauteur, l’abondance de son feuillage et son aspect brillant, la corète potagère attire facilement le regard. Elle permet d’aborder à la fois la diversité des légumes-feuilles, les traditions alimentaires du monde et les multiples usages d’une même plante.
Cultivée sous le climat de Bergerac, elle demande essentiellement un emplacement chaud, un sol fertile et des arrosages réguliers. En retour, elle offre pendant l’été de nombreuses jeunes feuilles à récolter.
La corète potagère illustre ainsi toute la richesse de la biodiversité cultivée : une plante textile devenue légume, présente dans de nombreuses cultures culinaires et encore largement méconnue dans nos jardins.