(Un article pour préparer l’été au cours des longues soirées hivernales.)
L’évapotranspiration potentielle (ETP) désigne la quantité maximale d’eau qui pourrait s’évaporer du sol et être transpirée par les plantes si l’eau était disponible en quantité illimitée.
Elle combine donc :
- l’évaporation : perte d’eau à la surface du sol, des feuilles mortes, de l’eau libre ;
- la transpiration : eau rejetée dans l’atmosphère par la plante à travers ses stomates.
L’ETP dépend principalement de facteurs climatiques :
- température : plus il fait chaud, plus l’ETP augmente ;
- rayonnement solaire : un fort ensoleillement stimule l’évapotranspiration ;
- vent : il accélère la perte d’humidité ;
- humidité de l’air : un air sec augmente l’évapotranspiration.
L’ETP est souvent exprimée en millimètres par jour (mm/j), ce qui correspond à une lame d’eau.
■ Pourquoi l’ETP est-elle importante au jardin ?
Dimensionner les besoins en irrigation
L’ETP est un repère essentiel pour savoir combien d’eau les plantes vont perdre naturellement et donc combien il peut être nécessaire d’apporter.
Une ETP élevée entraîne des besoins hydriques importants, notamment pour les légumes à croissance rapide, les jeunes plantations, ou les pelouses.
Adapter les pratiques culturales
Connaître l’évolution de l’ETP au fil de la saison permet d’ajuster :
- les paillages, plus ou moins épais en fonction de l’évaporation ;
- les dates de plantation, pour éviter les périodes de stress hydrique maximal ; Le petit pois par exemple donnera de meilleurs résultats semé à l’automne que semé au printemps
- le choix des espèces : certaines plantes supportent mal les étés à ETP élevée, comme les salades, les épinards, les petits pois, … D’autres résistent mieux comme les légumes dits d’été (tomate, aubergine), les courges, les patates douces, les haricots verts, sous réserve d’arrosage peu fréquents mais abondants. Au sein d’une même espèce, certaines variés sont plus résistantes que d’autres, par exemple les variétés Principe Borghese (la championne), Marmande, San Marzano, Noire de Crimée chez la tomate, Black Beauty, Ronde de Valence chez l’aubergine, Corne di toro rouge et Espelette chez les poivrons et piments, Merveille des 4 saisons chez la laitue
Comprendre le stress hydrique

Stress hydrique et mécanismes d’adaptation
Lorsque l’ETP dépasse la quantité d’eau disponible dans le sol, les plantes ferment leurs stomates pour limiter les pertes, ce qui freine la photosynthèse et ralentit leur croissance.
Optimiser l’économie d’eau
Dans un contexte où les restrictions d’eau deviennent plus fréquentes, l’ETP permet d’arroser au plus juste, quand cela est réellement nécessaire.
■ Réchauffement climatique : comment l’ETP évolue-t-elle ?

Exemple d’évolution de l’ETP avec le réchauffement climatique
Le réchauffement climatique modifie tous les paramètres qui contrôlent l’ETP, notamment :
- hausse des températures moyennes et extrêmes ;
- augmentation du rayonnement solaire local dans certaines régions ;
- allongement de la saison chaude ;
- vents plus fréquents ou plus secs selon les zones ;
- diminution de l’humidité de l’air lors des vagues de chaleur.
Résultat : l’ETP augmente partout en Europe
- Les périodes d’évapotranspiration maximale, autrefois concentrées sur juillet-août, commencent désormais plus tôt au printemps et se prolongent jusqu’en septembre voire octobre.
- On observe en moyenne en France une augmentation de 10 à 20 % de l’ETP estivale depuis les années 1970.
- Les pics d’ETP lors des vagues de chaleur sont devenus plus fréquents, pouvant dépasser 6 à 8 mm/j, ce qui est considérable.
Conséquences pour le jardinier
- Des besoins en eau plus élevés et plus précoces
Les plantations de printemps souffrent davantage, même lorsque le sol semble encore humide. - Un dessèchement plus rapide des sols
Un sol nu peut perdre plusieurs litres d’eau par m² en une seule journée de forte chaleur. - Plus de stress hydrique pour les plantes
Les légumes-feuilles (salades, épinards), les fruitiers récemment plantés et les pelouses sont particulièrement affectés. - Déplacements possibles des périodes de culture
Certaines espèces traditionnelles de climat tempéré deviennent difficiles à cultiver en été sans irrigation.
■ Comment mesurer l’ETP et les besoins en eau
L’ETP peut être calculée sous réserve d’avoir fait au minimum 5 ans d’études. la formule est donnée ici à titre purement décoratif.

Pour les agriculteurs, l’information est donnée par un site spécialisé MétéoVision (service payant). Elle est aussi donnée prévisionnellement sur le site de la météo agricole.
Une autre méthode, approximative mais assez fiable, consiste à mesurer l’évaporation dans un bac d’eau placé au soleil. La baisse du niveau d’eau en 24h exprimée en mm est approximativement équivalente à l’ETP. Attention toutefois à renouveler régulièrement l’eau pour éviter les moustiques !
Pour évaluer les besoins en eau pour l’arrosage, il faut d’abord prendre en compte qu’un mm d’ETP signifie 1 l d’eau perdu par m2. Ensuite les besoins en eau s’évaluent simplement en multipliant l’ETP par un coefficient cultural qui dépend du type de plante :
Kc = coefficient cultural, selon le type de plante :
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Pelouse : 0,8 – 1,0
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Potager : 0,9 – 1,1
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Arbres/arbustes : 0,6 – 0,8
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Plantes méditerranéennes : 0,3 – 0,6
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Plantes en pot : 1,0 – 1,3 (très exposées)
L’arrosage n’est pas fait tous les jours. On accumule l’ETP puis on arrose en conséquence.
Exemple pratique pour un potager :
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ETP moyenne semaine : 30 mm (≈ 4–5 mm/j)
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Besoin réel (Kc = 1) : ≈ 30 L/m²/semaine
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On préfère arroser 2 fois par semaine , donc : 30/2=15 L/m2 par arrosage
L’évapotranspiration potentielle est un indicateur central pour comprendre les besoins en eau des plantes et gérer efficacement l’irrigation. Avec le réchauffement climatique, elle augmente partout, rendant les sols plus secs et les plantes plus sensibles au stress hydrique. En intégrant cet indicateur dans la gestion du jardin, grâce au paillage, à l’adaptation des espèces et à un arrosage raisonné, il est possible de préserver la santé des plantes tout en économisant l’eau.