Mode de conduite de plants de tomates et effet du traitement mycorhizien

Résumé

La conduite de plants de tomate sans tuteurage ni taille, associée à une couverture du sol par bâche de paillage tissée, donne une production similaire voire légèrement supérieure à la conduite traditionnelle avec tuteurage et taille. L’inoculation des plants avec Glomus radices n’a pas significativement modifié le nombre de fruits produits, mais a montré une tendance à réduire le poids total de production. Ces résultats suggèrent que, dans les conditions de l’essai, la symbiose mycorhizienne n’a pas apporté de bénéfice net et a pu représenter un coût métabolique pour la plante, réduisant la masse des fruits sans affecter leur nombre.

Dans le cadre du volet expérimental du projet « Potager du Curieux », l’association Héliantis Humanis a souhaité tester trois modes de conduite de la tomate dans les conditions d’un potager amateur. L’objectif était notamment d’évaluer les performances de la mycorhization, considérée comme une alternative potentiellement intéressante à la greffe, souvent jugée plus complexe à mettre en œuvre. Par ailleurs, la culture « au sol » de la tomate (sans tuteurage ni taille) a été testée dans une logique de simplification des pratiques pour les jardiniers amateurs.

Protocole expérimental

Trois traitements ont été comparés :

  • L : conduite libre, sans tuteurage ni taille ;
  • N : conduite normale, avec tuteurage et taille ;
  • M : inoculation mycorhizienne avec Glomus radices.
tomate

Tomate grosse de Dordogne

Chaque traitement a été appliqué à 9 plants de tomate de la variété Grosse de Dordogne. L’inoculation mycorhizienne a été réalisée à la transplantation en godets, avec des spores de Glomus radices (souche brevetée israélienne).

Deux paramètres de production ont été mesurés deux fois par semaine :

  • le poids total de production,
  • le nombre de fruits récoltés (permettant de calculer indirectement le poids moyen des fruits).

L’état sanitaire n’a pas nécessité d’observations particulières, il a été bon pour tous les traitement au cours de la période.

 

 

 

 

Traitement des données

Les données (poids et nombre de fruits) ont été analysées par analyse de variance (ANOVA). En l’absence de différences significatives, l’analyse a été complétée par le calcul de la taille d’effet (Cohen’s d), permettant d’apprécier l’ampleur des différences d’un point de vue biologique. Les scripts d’analyse ont été réalisés en Python.

Résultats

L’ANOVA n’a pas mis en évidence de différence statistiquement significative entre les trois modes de conduite, malgré le nombre de réplicats (n=9 par traitement). Le calcul de Cohen’s d a permis d’affiner l’interprétation. Ce test mesure la taille de l’effet, c’est-à-dire l’ampleur de la différence entre deux groupes en unités d’écart-type, indépendamment de la significativité statistique.

Les résultats moyens  sont donnés dans le tableau ci-dessous.

Traitement Production totale (kg) Nombre de fruits Poids moyen par fruit (g)
N (conduite normale) 33,1 139 238,1
L (conduite libre) 35,5 147 241,5
M (mycorhizé) 24,3 132 217,4

1. Poids total de production (figure 1)

tomate

Figure 1 – Production cumulée de chaque mode de conduite

  • La production en poids et en nombre de fruits était comparable entre la conduite normale (33,1 kg) et la conduite libre (35,5 kg).
  • L’inoculation mycorhizienne a montré une tendance à réduire la production en poids (24,3kg) par rapport aux deux autres conduites, avec un effet important (Cohen’s d ≈ 0,966), mais assez peu en nombre (132 fruits).
  • La figure 1 montre une dynamique de production plus rapide pour la conduite libre, dûe vraisemblablement à l’absence de stress dû aux tailles des gourmands et aux opérations d’attachage

2. Nombre de fruits produits

  • La mycorhization a eu un effet négatif faible (Cohen’s d ≈ –0,281) sur le nombre de fruits (M = 132 vs N = 139 et L = 147).
  • La capacité des plants mycorhizés à produire des fruits n’a donc pas été significativement affectée, c’est leur poids moyen qui a été diminué.

Discussion

La culture de plants de tomate sans tuteurage n taille ne semble pas affecter leur production par rapport à la conduite traditionnelle. Les conditions sanitaires au cours de l’essai ont été favorables et il est difficile de conclure que ce résultat aurait été le même si ces conditions avaient été plus défavorables.

Les résultats suggèrent que l’inoculation avec Glomus radices peut être neutre ou défavorable dans des sols riches en nutriments. La plante investit des ressources carbonées pour nourrir le champignon, ce qui peut réduire le remplissage ou la masse des fruits sans limiter leur nombre. Ce constat est cohérent avec la littérature, qui décrit la symbiose mycorhizienne comme contextuelle : bénéfique en conditions limitantes, mais parfois neutre ou coûteuse lorsque les nutriments sont abondants.

Cependant, les différences observées ne peuvent pas être attribuées uniquement à l’inoculation. D’autres facteurs expérimentaux ou environnementaux peuvent influencer la production :

  • hétérogénéité des parcelles de culture (fertilité, texture, pH, matière organique), La parcelle des plants M était située contre une parcelle d’artichauts
  • différences d’arrosage ou de disponibilité en eau (les mycorhizes pouvant accentuer les effets d’un stress hydrique),
  • variations microclimatiques (lumière, température, ventilation, exposition),
  • interactions avec la microflore ou la faune du sol (bactéries, champignons natifs, nématodes),
  • variabilité biologique intrinsèque entre plants, même avec 9 réplicats.

La tendance à une production plus faible avec la mycorhization pourrait donc résulter d’une combinaison entre effet réel du traitement et facteurs confondants.

L’absence de stress lié à l’absence d’interventions humaine dans le mode de conduite libre explique vraisemblablement la dynamique de production plus importante qui se traduit par une production plus précoce et légèrement plus abondante.

Conclusion

Dans les conditions expérimentales de cet essai, deux enseignements principaux se dégagent :

  1. Il est possible de cultiver des tomates sans tuteurage ni taille, avec une bâche de paillage, sans réduction significative de la production, et même avec une production plus précoce, sous réserve de maîtriser les risques sanitaires.
  2. L’inoculation mycorhizienne avec Glomus radices n’a pas amélioré la production totale ni le nombre de fruits. Elle a même montré une tendance négative sur le poids moyen des fruits, confirmant que l’efficacité de cette technique dépend fortement du contexte environnemental et de la disponibilité en nutriments.

Ces résultats invitent à la prudence dans l’utilisation de la mycorhization en conditions de jardin amateur et soulignent l’importance de poursuivre les essais dans des contextes variés pour préciser ses effets.


Voir l’article Micorhyzes et productivité de la tomate

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *