Les secrets de l’histoire et de la géopolitique
■ Travailler pour des prunes : Faire de grands efforts pour n’obtenir aucun résultat.
Au XIIe siècle, lors de la deuxième croisade, les chevaliers chrétiens subirent un échec cuisant devant la ville de Damas. Ne voulant pas rentrer les mains totalement vides, ils rapportèrent en Europe des plants de pruniers sauvages. À leur retour, le roi de France se moqua d’eux en constatant qu’ils s’étaient battus « uniquement pour des prunes ».

■ Les carottes sont cuites : La situation est désespérée, le sort en est jeté.
Si la carotte à l’eau a longtemps été le symbole des repas de pauvres (cuire les carottes sans viande signifiait qu’il n’y avait plus d’argent), l’expression est devenue mythique le 31 mai 1944. C’est ce message codé, diffusé par la BBC, qui a ordonné à la Résistance française de déclencher les sabotages en vue du débarquement en Normandie.
L’argent, la misère et le quotidien
■ C’est la fin des haricots : Tout est perdu, il n’y a plus aucun espoir.
Au XIXe siècle, dans les internats et sur les navires, les haricots secs étaient l’aliment de dernier recours lorsque les réserves nobles (viande, pain frais) étaient épuisées. Quand il n’y avait même plus de haricots, c’était le signe de la famine absolue. De plus, dans les jeux de cartes familiaux, les haricots servaient de jetons : perdre son dernier haricot signifiait la ruine de la partie.
■ Mettre du beurre dans les épinards : Améliorer ses revenus ou ses conditions de vie.
Les épinards cuits à l’eau ont longtemps incarné un plat fade et austère. Le beurre, denrée historiquement chère et gourmande, venait transfigurer ce repas ordinaire. Ajouter du beurre dans ses épinards, c’est apporter une touche de confort et de douceur à un quotidien financier difficile.
Les traits de caractère et l’ego
■ Prendre le melon : Devenir prétentieux, arrogant ou attraper « la grosse tête ».
Au début du XXe siècle, l’argot des rues utilisait le mot « melon » pour désigner la tête, en raison de sa forme ronde et volumineuse. Dire que le melon de quelqu’un gonfle, c’est imager son crâne qui s’étire sous la pression d’un ego surdimensionné.
■ Être une bonne poire : Être trop naïf, crédule et facile à duper.
Une poire mûre est un fruit tendre qui, si on la laisse trop longtemps sur l’arbre, finit par tomber toute seule par terre sous l’effet de la gravité. L’expression compare le fruit à une personne si gentille qu’il n’y a aucun effort à faire pour la cueillir ou l’exploiter.
Les comportements en société
■ Ramener sa fraise : Intervenir dans une conversation sans y être invité.
Dans l’argot parisien du début du XXe siècle, la « fraise » désignait le visage ou la tête (en référence à la collerette plissée que l’on portait à la Renaissance, appelée une fraise). Ramener sa fraise, c’est simplement imposer sa présence physique et son opinion là où on ne les attend pas.
■ Ménager la chèvre et le chou : Essayer de satisfaire deux partis opposés pour rester neutre.Issue du bon sens agricole du XIIIe siècle, cette image rappelle qu’un fermier ne peut pas enfermer ensemble une chèvre vorace et un chou sous peine de voir le légume disparaître. Trouver le moyen de préserver la chèvre sans détruire le chou demande un grand art du compromis.
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- ■ Raconter des salades : Mentir ou inventer des histoires fausses mais bien présentées.

Pour faire une bonne salade, on mélange harmonieusement plusieurs ingrédients différents (feuilles, œufs, assaisonnement) pour que le tout soit agréable à avaler. Le mensonge fonctionne de la même manière : on mélange un peu de vrai, un peu de faux, et on assaisonne avec de beaux discours pour rendre l’histoire digeste.
- ■ Raconter des salades : Mentir ou inventer des histoires fausses mais bien présentées.
Le temps et l’état physique
■ Faire le poireau (ou poireauter) : Attendre immobile pendant un long moment.
Née à la fin du XIXe siècle, l’expression s’inspire directement du légume dans le potager : le poireau pousse verticalement, droit comme un piquet, les pieds ancrés dans le sol et sans jamais bouger d’un millimètre.
■ Sucrer les fraises : Trembler des mains en raison de la vieillesse ou de la maladie.
Le geste incontrôlable de la main qui tremble évoque exactement le mouvement rapide et saccadé que l’on fait avec une saupoudreuse pour saupoudrer de sucre une assiette de fraises.
■ Être haut comme trois pommes : Être tout petit (en parlant d’un enfant).
Une pile imaginaire de trois pommes n’atteignant qu’une vingtaine de centimètres de haut, l’expression utilise cette image mignonne pour souligner de manière affectueuse le jeune âge de quelqu’un.
Les sentiments et les relations
■ Avoir un cœur d’artichaut : Tomber amoureux très (trop) facilement.
Au XIXe siècle, le dicton complet était : « Cœur d’artichaut, une feuille pour tout le monde ». Comme le légume que l’on effeuille à table pour atteindre son centre, la personne concernée distribue une « feuille » de son cœur à chaque rencontre, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du cœur initial.
■ Envoyer sur les roses : Éconduire quelqu’un de manière brusque sous de faux semblants.
La rose est une fleur magnifique et parfumée, mais elle cache de redoutables épines. Envoyer quelqu’un au milieu d’un buisson de roses revêt une ironie piquante : sous couvert de l’envoyer dans un endroit charmant, on l’envoie en réalité se faire écorcher pour qu’il nous laisse tranquille.
Les malaises, l’art et les petits ratés
■ Tomber dans les pommes : S’évanouir ou faire un malaise.
L’origine la plus probable vient d’une déformation d’une phrase de l’écrivaine George Sand au XIXe siècle, qui écrivait « tomber dans les pommes cuites ». La pomme cuite symbolisant à l’époque un état d’extrême mollesse et de fatigue intense, le mot « cuites » s’est effacé avec le temps.
■ C’est un navet : Qualifier un film ou un livre de très mauvaise qualité.
Au XVIIIe siècle, les étudiants en art à Rome utilisaient le mot navet pour se moquer des statues antiques mal sculptées dont les formes manquaient de relief. Le navet étant un légume racine très commun et fade, le terme est resté pour désigner une œuvre d’art sans saveur.
■ Pédaler dans la choucroute : Faire de grands efforts inutiles ou être dans la confusion la plus totale.
L’expression est née au début du XXe siècle sur le Tour de France. La voiture-balai qui fermait la marche et récupérait les coureurs épuisés était recouverte de publicités pour une marque de choucroute alsacienne. Un cycliste à la traîne se retrouvait donc littéralement à « pédaler dans la choucroute ».
La violence physique
■ Recevoir une châtaigne : Prendre un coup violent ou une décharge électrique.
En forêt, la châtaigne tombe de l’arbre protégée par sa bogue verte et piquante. Recevoir ce projectile sur la tête est particulièrement douloureux. L’argot du XIXe siècle a naturellement adopté le mot pour désigner un coup de poing bien placé, en raison de la dureté du fruit.
Le grand voyage
■ Manger les pissenlits par la racine : Être mort et enterré.
Quand un corps est enterré dans le sol, il repose sous la végétation. Le pissenlit étant une plante sauvage indomptable qui pousse extrêmement vite sur la terre fraîchement retournée (comme celle des cimetières), ses longues racines descendent profondément. Le défunt se retrouve donc, au sens littéral, en position idéale pour les « manger par la racine ».
Et pour finir… l’intruse linguistique :
■ Passer à l’amende : Devoir payer une contravention. Attention, elle n’a rien à voir avec le fruit de l’amandier, mais vient du latin amendare (corriger, réparer).
Les illustrations de cet article ont été réalisées par une IA