
Cultivée depuis les débuts de l’agriculture, la fève revient aujourd’hui en force dans les potagers. Facile à semer, résistante au froid et peu exigeante, elle permet d’occuper les parcelles pendant l’hiver et d’obtenir l’une des premières récoltes du printemps. Comme toutes les Fabacées, elle entretient également une relation utile avec les micro-organismes du sol.
L’une des plus anciennes plantes cultivées
La fève (Vicia faba) appartient à la famille des Fabacées, comme le pois, le haricot, la lentille ou le pois chiche. Son ancêtre sauvage n’a jamais été identifié avec certitude, mais les découvertes archéologiques montrent qu’elle était déjà consommée au Proche-Orient par des populations de chasseurs-cueilleurs il y a environ 14 000 ans. Elle aurait ensuite été domestiquée par les premiers agriculteurs du Néolithique, il y a près de 10 000 ans.
Elle occupait une place importante dans l’alimentation des peuples de l’Antiquité et du Moyen Âge, bien avant l’arrivée en Europe des haricots originaires d’Amérique. Riche et nourrissante, facile à faire sécher et à conserver, elle constituait une ressource précieuse pendant la mauvaise saison.
La fève possédait également une forte dimension symbolique. Dans l’Antiquité, elle était associée à la vie, à la mort et parfois à la réincarnation. Plus près de nous, une véritable graine de fève était traditionnellement cachée dans la galette des rois, avant d’être progressivement remplacée aujourd’hui par les figurines en porcelaine.
Une culture bien adaptée au sud ouest
La fève apprécie les températures fraîches et supporte de petites gelées. Dans les régions aux hivers relativement doux, comme le Bergeracois, elle peut être semée en octobre ou en novembre, souvent autour de la Toussaint. Elle germe avant l’hiver, se développe lentement pendant les mois froids puis redémarre rapidement dès que les températures remontent. La récolte intervient alors au printemps, généralement avant celle des fèves semées en février ou mars.
Le semis automnal présente plusieurs avantages : il utilise les pluies hivernales, limite les besoins d’arrosage et permet souvent de récolter avant les premières fortes chaleurs et les grandes invasions de pucerons noirs.
Dans les secteurs exposés au froid ou dans les sols très humides, un semis de fin d’hiver, entre février et mars, reste toutefois plus prudent.
Comment semer les fèves ?
La fève aime les sols profonds et frais, même un peu lourds, mais elle redoute les terrains durablement gorgés d’eau. On lui réserve une exposition ensoleillée et une parcelle qui n’a pas reçu récemment une autre Fabacée.
Le semis s’effectue directement en pleine terre :
- tracer des sillons d’environ 5 cm de profondeur, espacés de 40 à 50 cm ;
- déposer une graine tous les 10 à 15 cm ou un poquet de 3 à 5 g tous les 30cm (image) ; Le semis en poquets permet une meilleure tenue des plants qui se soutiennent mutuellement ;
- recouvrir de terre puis tasser légèrement ;
- arroser si la terre est sèche ;
- protéger éventuellement les graines contre les oiseaux et les rongeurs.
Lorsque les plants atteignent une vingtaine de centimètres, un léger buttage renforce leur ancrage. Les variétés les plus hautes peuvent aussi être maintenues entre deux rangées de ficelles afin d’éviter qu’elles ne se couchent sous l’effet du vent.
La fève demande ensuite peu d’entretien. Quelques binages limitent la concurrence des herbes indésirables et maintiennent la surface du sol meuble. Un paillage peut être installé lorsque les plantes sont suffisamment développées.
Attention aux pucerons noirs

Le puceron noir de la fève est son principal ravageur. Il forme des colonies denses sur les jeunes extrémités, dont il prélève la sève (photo). Ces pucerons attirent souvent les fourmis, qui consomment leur miellat et les protègent contre certains prédateurs.
Les coccinelles (photo), syrphes et chrysopes participent naturellement à leur régulation. Il est donc préférable de patienter et d’observer avant d’intervenir. Lorsque les premières gousses sont formées, on peut aussi pincer l’extrémité des tiges au-dessus du sixième ou du huitième étage de fleurs. Cette opération supprime la partie préférée des pucerons et favorise le développement des gousses inférieures.
Une association utile avec les bactéries du sol
Comme les autres Fabacées, la fève vit en symbiose avec des bactéries fixatrices d’azote, principalement regroupées dans de petites excroissances présentes sur ses racines : les nodosités.
La plante fournit aux bactéries des sucres produits par la photosynthèse. En échange, celles-ci transforment l’azote présent dans l’air du sol en formes azotées utilisables par la plante. Cette association permet à la fève de couvrir une grande partie de ses besoins sans recevoir d’engrais azoté.
Il faut toutefois nuancer l’idée selon laquelle la fève « enrichirait automatiquement » le sol. Une part importante de l’azote fixé est utilisée pour produire les tiges, les feuilles et surtout les graines. Lorsque les fèves sont récoltées, une partie de cet azote quitte donc la parcelle.
Pour faire profiter au mieux le sol de cette culture, il est conseillé de couper les plants au ras du sol plutôt que de les arracher. Les racines et leurs nodosités restent ainsi en place et se décomposent progressivement. Les tiges et les feuilles saines peuvent être broyées et déposées sur le sol ou ajoutées au compost. La fève laisse également derrière elle un sol exploré par ses racines, couvert pendant l’hiver et protégé contre l’érosion et le lessivage.
Des fleurs utiles aux insectes
L
es fleurs blanches, souvent marquées de noir ou de violet, apparaissent tôt au printemps. Elles fournissent du nectar et du pollen à différents insectes, notamment aux bourdons (photo), particulièrement efficaces pour visiter ces grandes fleurs.
La fève porte aussi de petits nectaires à la base de certaines feuilles. Ces glandes produisent du nectar sans être associées aux fleurs et attirent divers insectes. Au-delà de sa production alimentaire, la fève contribue ainsi à la diversité biologique du potager à une période où les ressources florales restent encore limitées.
Un légume nourrissant et riche en protéines
La fève se situe à mi-chemin entre le légume vert et le légume sec. Récoltée jeune, elle est tendre, fraîche et légèrement sucrée. Parvenue à maturité puis séchée, elle devient une légumineuse de conservation, plus concentrée en amidon, en fibres et en protéines.
D’après la table nutritionnelle Ciqual de l’Anses (recherche fève dans le moteur de recherche du site), 100 g de fèves cuites apportent environ 83 kcal, 8 g de protéines et 3 g de fibres. Elles fournissent également des folates ou vitamine B9, du phosphore, du magnésium, du fer et du cuivre. Pauvres en matières grasses, elles contribuent à diversifier les sources de protéines végétales.
Comme les autres légumineuses, elles gagnent à être associées au cours de la journée avec des céréales – pain, semoule, riz ou blé – afin d’obtenir un apport plus équilibré en acides aminés essentiels.
Une précaution doit néanmoins être signalée : les personnes atteintes d’un déficit héréditaire en enzyme G6PD doivent éviter les fèves. Leur consommation peut provoquer chez elles une destruction brutale des globules rouges appelée favisme. Cette affection reste rare, mais elle justifie une information claire.
De la jeune fève à la graine sèche
La récolte dépend de l’utilisation souhaitée. Pour une consommation fraîche, les gousses sont cueillies lorsqu’elles sont bien formées mais encore vertes et tendres. Les très jeunes graines peuvent être mangées crues, seules ou dans une salade. Plus développées, elles sont généralement cuites quelques minutes à l’eau ou à la vapeur. Leur peau devient alors facile à retirer, même si cette opération n’est pas indispensable.
Les fèves accompagnent très bien la sarriette, la menthe, l’ail, l’oignon nouveau, les petits pois ou les fromages de brebis. Elles peuvent entrer dans des salades, des soupes, des purées, des poêlées ou des tartinades.
Pour obtenir des fèves sèches, on laisse les gousses brunir et sécher sur les plants. Les graines se conservent ensuite plusieurs mois dans un récipient fermé, à l’abri de l’humidité. Après trempage et cuisson, elles peuvent remplacer ou compléter les lentilles, pois chiches et haricots secs.
Une place à retrouver dans nos potagers
Rustique, ancienne et pourtant parfois oubliée, la fève mérite de retrouver une place dans les jardins du Sud-Ouest. Semée à l’automne, elle occupe utilement le potager pendant l’hiver, protège le sol, mobilise l’activité des bactéries fixatrices d’azote et offre une récolte savoureuse dès le printemps.
La fève rappelle surtout qu’une culture peut remplir plusieurs fonctions à la fois : produire un aliment de qualité, nourrir certains insectes, entretenir la vie du sol et participer à la diversification de notre alimentation.
Une place à retrouver dans nos assiettes : quelques recettes
Voici trois recettes complémentaires : une salade fraîche, un plat chaud et une préparation à base de fèves sèches.
1. Salade de fèves, feta et menthe
Une recette printanière, fraîche et rapide.
Pour 4 personnes :
- 500 g de fèves fraîches écossées
- 150 g de feta
- 2 oignons nouveaux
- quelques feuilles de menthe
- 3 cuillères à soupe d’huile d’olive
- 1 cuillère à soupe de jus de citron
- sel et poivre
Préparation :
- Plonger les fèves pendant 3 à 4 minutes dans une casserole d’eau bouillante salée.
- Les égoutter puis les refroidir immédiatement dans de l’eau froide.
- Retirer leur peau si elles sont déjà grosses. Les très jeunes fèves peuvent être conservées entières.
- Émincer les oignons et ciseler la menthe.
- Mélanger les fèves avec la feta émiettée, les oignons et la menthe.
- Assaisonner avec l’huile d’olive, le jus de citron, un peu de sel et du poivre.
Cette salade peut être servie avec du pain complet pour compléter l’apport en protéines végétales.
2. Fèves à la française
Une préparation traditionnelle dans laquelle les fèves cuisent doucement avec des oignons nouveaux et de la laitue.
Pour 4 personnes :
- 800 g de fèves fraîches écossées
- 1 petite laitue
- 4 oignons nouveaux
- 1 gousse d’ail
- 20 g de beurre ou 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
- 15 cl de bouillon de légumes
- quelques brins de sarriette ou de persil
- sel et poivre
Préparation :
- Émincer les oignons et couper la laitue en lanières.
- Faire revenir doucement les oignons et l’ail dans le beurre ou l’huile d’olive.
- Ajouter les fèves et la laitue, puis mélanger pendant deux minutes.
- Verser le bouillon, couvrir et laisser mijoter de 15 à 20 minutes.
- Retirer le couvercle en fin de cuisson si un peu de liquide doit s’évaporer.
- Ajouter la sarriette ou le persil, saler modérément et poivrer.
Pour un plat plus complet, on peut ajouter des dés de pommes de terre, des petits pois ou quelques lardons.
3. Purée de fèves sèches à l’ail et au cumin
Une recette simple pour consommer les fèves récoltées à maturité et conservées pendant l’hiver.
Pour 4 personnes :
- 300 g de fèves sèches
- 1 oignon
- 2 gousses d’ail
- 1 cuillère à café de cumin
- 3 cuillères à soupe d’huile d’olive
- le jus d’un demi-citron
- sel et poivre
- persil ou coriandre
Préparation :
- Faire tremper les fèves pendant 12 heures dans un grand volume d’eau.
- Jeter l’eau de trempage, rincer les graines puis les placer dans une casserole d’eau froide.
- Ajouter l’oignon coupé en morceaux et une gousse d’ail.
- Faire cuire à feu doux pendant 45 minutes à 1 heure, jusqu’à ce que les fèves soient très tendres.
- Égoutter en conservant un peu d’eau de cuisson.
- Mixer avec la seconde gousse d’ail, le cumin, l’huile d’olive et le jus de citron.
- Ajouter progressivement un peu d’eau de cuisson jusqu’à obtenir la consistance désirée.
- Rectifier l’assaisonnement et parsemer de persil ou de coriandre.
Cette purée peut être servie chaude en accompagnement ou froide, comme une tartinade, avec du pain grillé et des crudités.
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La Karmazyn produit des graines roses particulièrement décoratives, généralement au nombre de quatre ou cinq par gousse. Elle est surtout recherchée pour leur texture tendre et leurs qualités gustatives. La Red Epicure (photo), plus rare, donne quant à elle des grains prenant une teinte rouge pourpre à maturité, qui reste en partie visible après la cuisson.